The Ex Nantes Mercredi 17 Novembre 2010

The Ex + Messer Chups + Anne-James Chaton

Pole Etudiant Nantes Mercredi 17 Novembre


Quelques préambules avant cette chronique de concert. Premièrement, The Ex est le groupe que j’ai le plus vu en concert (16 fois) depuis mes premiers pas dans une salle de spectacle lors des prestations endiablées des Wahington Dead Cats, Reptiles at Down et Chihuahua. J’avais 15 ans, on était en 1988 et ça se passait à Locmiquélic.

Deuxièmement, les Messer Chups sont un mauvais groupe surf, avec ou sans theremin et leurs vidéos gore sont tout à fait insignifiantes. Au moins leur concert permettait de discuter tranquillement avec les amis présents dans la salle. On a pu y apprendre que Gregoula Selecta reprenait la plume pour STNT et qu’il avait découvert les nouveaux Get up Kids ainsi qu’ une formation féroïenne qui lui rappelait Robocop Kraus. On attend tout ça avec impatience.

Troisièmement Anne James Chaton devrait jouer très très fort. Sa poésie sonore toujours aussi captivante prendrait ainsi toute sa dimension musicale.

Et The Ex dans tout ça !!!!!!  Même si j’ai beaucoup aimé leur dernier album en date, l’excellentissime « Catch my Shoe », j’avais beaucoup d’appréhension à les revoir sur scène pour la première fois sans GW Sok leur chanteur originel et fondateur du groupe.

Sa forte personnalité, son charisme et son jeu de scène  toute en retenue irradiait les prestations scéniques de The EX. Son départ n’a en rien altéré l’inspiration musicale du groupe mais j’avais assez peur de ne pas pouvoir regarder leur nouveau chanteur, Arnold De Boer, sans penser à GW Sok. C’est que je l’aimais bien ce Joboliou.

Le groupe monte sur scène vers 22h40 et je me surprends à réaliser que je n’ai pas assisté à un concert quasi sobre depuis plus de cinq ans. (Battles & Moller Plesset encore à Nantes). Le temps passe. !!! Arnold introduit la première chanson et je réalise très rapidement que j’ai bien fait de venir voir cette soirée plutôt que d’écouter Ty Segall à Rennes. Le son est très bon et la salle de concert en elle-même me fait bien halluciner. Nous sommes dans une arène universitaire en plein cœur du campus, la bière est  à 1.50 (j’aurais du prévoir plus de cinq euros) et tu peux tranquillement passer un sac de liche sans te faire emmerder par des vigiles inconvenants. Pour un habitué des ambiances sclérosées rennaises ou tout est contrôlé et ou tout se fait sous le manteau, je respire un véritable air de liberté. Pas besoin ce soir de compter des entrées (c’est gratuit), de surveiller le niveau du son ou de faire chier les gens si ça fume dans la salle.

Tout ce qu’aurait du devenir Le Jardin Moderne à Rennes est sous mes yeux et ça me fait chier de réaliser que ce projet qui tient tant à Kfuel n’a pas du tout tenu ses promesses pour devenir un lieu ennuyeux et qu’on a, nous, comme d’autre une grande part de responsabilité dans cet échec. A partir du moment on l’a assez d’énergie pour convaincre une mairie et des collectivités territoriales de participer au co-financement d’un lieu culturel, il faut tout faire pour conserver une grande autonomie de décision et de gestion. Et non écouter des « experts culturels » qui arrivent toujours à convaincre un directeur ou un conseil d’administration de la nécessité de normaliser un lieu pour mieux professionnaliser le secteur et d’enterrer sur le long terme toute forme de créativité

Ces réflexions semblent peu en rapport avec le concert de The Ex en lui-même et pourtant. Ces dernières années, je voyais le groupe dans des salles de spectacle  toutes assez similaires  dans leur configuration. Scène haute, peu de rapport direct et toujours un peu le même genre de set pour les hollandais. On passe un bon moment, même avec Getachew, mais on n’y perçoit pas l’étincelle.

Et hier soir dès le premier titre, j’ai senti que The Ex aspirait à plein poumon les effluves libertaires émanant du Pôle Etudiant. Le jeu de guitare intuitif d’Arnold de Boer apporte quelque chose de nouveau et de frais dans la musique de The Ex. En cinq minutes, mes craintes quant à l’absence de GW Sok s’évanouissent d’elles-mêmes. J’ai devant moi une nouvelle mouture de The Ex et celle-ci, bien que reposant sur une trame ancienne irradie les nouvelles compositions de la formation batave. Terry et Andy sont définitivement plus libres dans leur interprétation et le jeu de Katheryna compose avec la guitare d’Arnold une formidable machine à danser. Funk déviant et post punk tribal donnent naissance à un de ces moments d’éternité que seuls les concerts peuvent engendrer. Le groupe est à fond, livrant des versions plus teigneuses des titres de leur dernier album. Le public lui répond avec amour et tout le monde se met  peu à peu à danser. Les versions d’ « Eyoleo » et de « Tree Float » sont hallucinantes et je reste scotché devant la verve et l’inventivité de cette formation née un beau jour de 1978. Un poil de scracth par ci, un peu de beg bunsen par là et je n’ai toujours pas envie de fumer ou de prendre un verre.

Arnol de Boer n’a pas le même charisme que son prédécesseur mais il a déshinibé par son enthousiasme les autres membres du groupe qui m’étonne en signalant que c’est leur dernière chanson. Putain ça fait 50 minutes que je regarde The Ex. D’habitude je fais une pause tous les quart d’heure pour mieux me replonger dans un set  car je n’arrive pas à rester attentif plus longtemps. Et en  plus le groupe atteint des moments d’intensité avec une version absolument stupéfiante de « 24 Problems ». L’émotion est totale et je suis sous le choc devant ce pur moment de rock’n roll.

Un petit intermède pour se remettre, le temps d’intervenir dans une discussion éventée près du stand anarchiste, ou je me permets d’indiquer que nous ne sommes plus en situation de crise, car le fait même d’invoquer le mot crise revient à considérer que la thématique  de l’état providence est encore d’actualité alors que nous avons définitivement changé de système économique. Le concept de libre-échange identifié comme tel au Moyen Age voit enfin son avènement puisque de simples  fonds financiers privés commandent désormais la marche du monde. Fini le temps des souverains éclairés ou du dictat populaire, le marché a tout balayé et nous assistons à son couronnement. Je ne leur ai pas laissé le temps de contre argumenter car The Ex était de retour sur scène pour un rappel assez inoubliable.

Répondant aux attentes d’une foule survoltée, Katheryna interprête magnifiquement « Hidegen Fújnak A Szelek ». Le groupe a envie d’en découdre et me surprend totalement avec une version convaincante pour une fois du thème de Konono. Arnold de Boer y a glissé une ligne de grattes sensationnelle  me faisant aimer un morceau qui avait tendance à m’ennuyer au plus haut point.  Je n’ai jamais vu Hot Snakes jouer sur scène « Bullet Train to Vegas » mais en 16 concerts de The Ex, je ne les avais jamais vu interpréter « State of Shock », sans doute leur morceau phare de leur collaboration avec Tom Cora. Je savais qu’ils le jouaient de temps en temps mais je n’avais pas  eu l’occasion de les voir l’interpréter. Ce soir, je sens que ce sera différent et je ne suis pas déçu. Les premières notes résonnent et mon plaisir est total même si j’ai le temps de penser à quelques amis qui n’ont pas encore eu la chance d’écouter en live cette formidable chanson. La version est flamboyante, imprécise mais sincère et survoltée. Moment inoubliable.

Il est plus que temps de repartir sur Rennes et de constater que même les plus récents membres de Kfuel mettent « Radio Nostalgie » durant le trajet. En essayant de trouver le sommeil après cette soirée riche en intensité, je repense à la dernière couv de Noise et à la photo de Warpaint. Mais pourquoi The Ex n’est-il pas à leur place et pourquoi guigui n’a pas livré sa meilleure chronique. En même temps, je n’ai qu’à créer mon propre magazine pour voir mes vœux se réaliser.

Gwenk

4 commentaires pour “The Ex Nantes Mercredi 17 Novembre 2010
  1. Guy Delbord dit :

    Belle chronique …. T’as su rapporter exactement l’ambiance du concert. The Ex est mort vive The Ex

    Quand au système économique, il n’a pas changé depuis depuis le 18eme siècle:

    – Propriété privée des moyens de production ( Que ce soit un État ou une entreprise )
    – Recherche du profit maximum
    – Accumulation du Capital
    – Salariat etc.

    Le caractère cyclique de la réproduction capitaliste est une loi objective du capitalisme. Le cycle capitaliste englobe le mouvement de l’économie capitaliste de crise en crise. Entre les crises l’économie voit des phases, la dépression, la relance, la croissance et de nouveau la crise….même au stade impérialiste ( ou mondialisation car c’est moins marqué politiquement ).

    Arrivé à l’apogée de sa puissance, le capitalisme est aussi arrivé au plus haut point de sa vulnérabilité ; il ne débouche nulle part ailleurs que sur la mort. Si faibles que soient les chances de révolte, c’est moins que jamais le moment de renoncer au combat (P. Mattick)

  2. NiKo dit :

    Super chronique !

    Je trouve néanmoins que tu ne rends pas assez justice aux playlists de J.P Pernault sur Nostalgie…

    Et maintenant, que deviendra Rennes si même le jardin et le public ne se réveillent pas…

  3. gwen dit :

    Ouais merci pour cette chronique, ça fait du bien de lire que The Ex sont toujours irremplaçables ! Je les ai vu cet été aux Escales de St Nazaire, j’étais absolument emportée, malgré un jeu de de Boers un peu trop calqué sur GW Sok ! Maintenant j’habite trop loin (océan indien) pour suivre leurs tournées, mais lire ton texte a réveillé tous mes souvenirs d’avidité et d’impatience liés à leurs concerts (une dizaine) ; Trop bon !

  4. Haz dit :

    je suis bien d’accord : les chroniques descriptives écrites sur le pouce alors qu’on n’a pas d’idées ce sont les pires

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